La vie des communautés d’apprentissage liées à l’usage des TIC
Premiers éléments théoriques et opérationnels

H. Choplin*, S. Craipeau, N. Cortési, M.-C. Legout, F. Perrier
*Télécom Paris, Innovation Pédagogique, 46, rue Barrault, 75 013 Paris
choplin@enst.fr

S’inscrivant dans le cadre du projet CATIC (Communauté d’Apprentissage et TIC, 2003), cette proposition de communication a pour objectif de proposer des éléments de réponse à deux questions, théorique et opérationnelle :
a) comment se développe et s’organise la vie des communautés d’apprentissage liées à l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) ? ;
b) comment créer et réguler de manière opérationnelle ces communautés d’apprentissage ?
Notre approche théorique consiste à problématiser les communautés d’apprentissage utilisant les TIC en fonction des deux dimensions de l’innovation (entendue comme processus social désorganisé, entrant en relation potentiellement conflictuelle avec l’institution), d’une part, de l’apprentissage de compétences, d’autre part. De notre point de vue en effet,
a) ces communautés reposent sur deux processus sociaux (ou relationnels) interdépendants :
- un processus de constitution d'un "commun" (projet, langage, imaginaire, valeurs, etc.) ;
- un processus d'apprentissage de compétences professionnelles et de pratiques sociales ;
b) elles favorisent l'émergence de collectifs innovants dans les organisations.
S’employant à articuler des cadres théoriques issus de la (psycho-)sociologie et de la psychologie de l’apprentissage, cette approche théorique des communautés d’apprentissage sera éprouvée au moyen de l’examen de deux terrains distincts et complémentaires. Se situant dans une organisation non éducative, le premier désigne un réseau « naturel » - transversal dans l’institution -, établi entre professionnels d’un même métier (par exemple celui de mécanicien). Nous rendrons compte des processus qui ont conduit à sa constitution en marquant en particulier l’impact sur ces processus, des moments de régulation et de légitimation du réseau au sein de l’institution, des crises qu’il a connues, et enfin du rôle et du statut de ses animateurs ou figures. Le second terrain engage un groupe d’acteurs de l’enseignement supérieur (enseignants, acteurs de centres de ressources), ayant en commun de déployer la formation ouverte et à distance dans leur établissement. Dans notre projet CATIC, ce second terrain est l’objet d’une expérimentation, où nous nous emploierons à définir et mettre en oeuvre des moyens technologiques, humains et organisationnels spécifiques, de façon à susciter l’émergence concrète d’une communauté d’apprentissage. Nous rendrons compte, sur ce plan opérationnel, des obstacles (psychosociologiques, technologiques, spatio-temporels, etc.) que soulèvent la constitution, toujours partiellement aléatoire, et la régulation de ces communautés d’apprentissage, ainsi que de premiers éléments méthodolozgiques susceptibles de les « contourner ». Une attention particulière sera apportée aux situations concrètes (espaces, temps, acteurs, outils) qui contribuent à susciter à la fois la constitution du (ou des) « commun(s) » et le développement de l’apprentissage de compétences.