COOPERA : apprendre en collaboration
Une dynamique plurielle d’appropriation

D. Paquelin and al.


1Université Bordeaux 3, GRA@MMSCI, Domaine Universitaire 33 607 Pessac cedex, paquelin@u-bordeaux3.fr
2Université Henri Poincaré Nancy 1 & INRIA, BP 239, 54506 Vandoeuvre Cedex, France
3Laboratoire de Psychologie de l’Interaction (GRC), Université Nancy 2, France
4 ORME, CRDP de l’Académie d'Aix Marseille, 31 Bd d’Athènes, 13232 Marseille cedex 1
5Société Jériko, 70, rue Amelot, 75011 Paris (http://www.jeriko.fr/)


Le développement des pratiques de l’apprentissage coopératif interroge chercheurs et praticiens de l’éducation et des technologies. Nous avons centré notre recherche sur la compréhension du processus d’appropriation par les différents acteurs de l’acte éducatif d’une plate-forme de travail coopératif, COOPERA (projet de recherche-développement financé dans le cadre du réseau RIAM).
Actant, à l’instar de Perriault , de la non superposition de la logique technologique à la logique de l’usage, nous avons choisi d’analyser le processus de construction de sens par les usagers de l’outil dans ces différentes dimensions. Nous abordons plus particulièrement ce qui relève :


-de l’instrument technologique, de ces fonctionnalités et de leur transparence opérative (en référence notamment aux travaux de Rabardel) ;
- de la construction de la représentation mentale du fonctionnement de l’outil en relation avec la structure analogique de la tâche ;
- de la culture technique initiale des usagers et des pratiques antérieurs d’outils numériques d’échanges (mail, forum, FAQ, FTP, etc.) ;
- des pratiques antérieures de la coopération dans le domaine des apprentissages ;
-de la nature du projet éducatif dans lequel s’inscrit l’usage de COOPERA et de la pertinence perçue par les apprenants ;
- de l’organisation et de l’animation spatio-temporelle du projet ou comment l’accompagnement des formateurs interagit avec l’appropriation de l’outil dans cette double dimension de l’instrumentation et de l’instrumentalisation .


Pour répondre à ce questionnement initial, nous avons délibérément choisi une approche pluridisciplinaire qui réunit chercheurs en informatique, en sciences de l’éducation, en sciences de l’information et de la communication et en psychologie cognitive. Cette complémentarité permet de porter des regards croisés sur les quatre terrains d’expérimentation retenus (trois classes de CM2 à Nancy, une classe de CM1 à Marseille, une classe unique CP/CM au Sauze, un groupe de stagiaires en formation continue à Bordeaux).


Conduite de novembre 2001 à juin 2003, cette recherche s’appuie sur une conception de l’usage vu comme une activité de construction ou de mobilisation de représentations, activité portée par la dynamique conversationnelle et par l’environnement agissant comme médiateur des cognitions et des positions sociales. Les premières analyses tendent à montrer que les actions des utilisateurs ne sont donc pas seulement dirigées vers l’objet à concevoir, mais également vers autrui. Autrement dit, la plate-forme n’est pas essentiellement un outil de conception, mais aussi un instrument servant à la régulation des conduites des sujets, selon un mode culturellement déterminé et valorisé : la coopération. La plate-forme est alors porteuse de significations, de valeurs que chaque élève devra s’approprier, et que nous pouvons observer à travers des attitudes telles que l’ouverture à la différence, la décentration par rapport à ses propres points de vue et la prise en compte de ceux des autres. Elle participe ainsi à la construction sociale des apprenants.
Cette conférence précisera en quoi le processus d’appropriation qui fonde les pratiques d’apprentissage coopératif observées et les résultats obtenus mobilisent différents niveaux de l’organisation éducative (de l’apprentissage à l’institution). Cette analyse rappellera l’importance de la prise en compte de la dimension systémique de construction des usages comme vecteurs de transformation de situations expérimentales en pratiques innovantes banalisées.