2nd colloque de Guéret : Les communautés virtuelles éducatives : pour quelle éducation ? pour quelles cultures
La télépédagogie :
apport de linformatique dans les communautés éducatives en réseau OLIVIER
la gestion des dimensions subjectives
Sophie Delouis PhD (*)
Jean Horvais (**)
(*) INSA PRISMa LYON France sdelouis@if.insa-lyon.fr
(**) DSA VILLEFRANCHE - France jhorvais@wanadoo.fr
Résumé
En 2003, nous savons que les techniques informatiques peuvent faciliter la constitution de communautés « virtuelles » dont les membres sont éloignés dans lespace. Dans les situations extrêmes telles que celles des jeunes marginalisés, la mise en place de communautés éducatives en réseau est une solution qui paraît adaptée. Cette mise en place est rendue possible par linformatique. Nous définissons sous le nom de télépédagogie lensemble des démarches qui permettent dinclure linformatique en local et à distance dans lacte pédagogique.
Dans ce papier, les auteurs précisent tout dabord les bases de lapprentissage individuel en montrant limportance des dimensions subjectives et contextuelles et la possibilité de les gérer.
Puis ils tenteront de montrer en quoi les étapes à franchir pour être en condition de bon apprentissage ont été appliquées à la création de communautés virtuelles : des équipes connues et reconnues, qui disposent de techniques de communication et de bases organisationelles et didactiques pour mettre en uvre une collaboration à distance et qui apprennent à « parler » de ces activités ».
Les auteurs illustreront leur propos dexemples tirés de travaux menés depuis 1990 et de laction OLIVIER2 de formation-action à la télépédagogie denseignants et éducateurs ayant pour mission de travailler dans des établissements déducation spéciale.
Mots clefs : télépédagogie, campus virtuels, communautés éducatives, OLIVIER, Apprentissage coopératif, modèle d'apprentissage, connaissance totale, « meme ».
Introduction :
Dans les années 2000, lenseignement sinstalle sur Internet : le nombre de cours proposés dans toutes les matières ne cesse de croître tout autant que les programmes visant à tester les connaissances supposées acquises.
Dans les années 2000 également, le nombre de jeunes, considérés comme illéttrés ne cesse lui aussi de croître : les systèmes denseignements sont en crise. Des innovations pédagogiques sont proposées. Pour J. Dejean, elles sont toutes caractérisées par le fait que lapprentissage est au cur de linnovation : celui des étudiants mais aussi celui des enseignants et des organisations elles-mêmes, par le fait quelles sont liées à la création déquipe enfin quelles sont le plus souvent synonymes de multimédia et de TIC [DEJEAN 03]. Ce document est une contribution au domaine de ces innovations, recentré sur les besoins des adolescents (11 à 20 ans) en grande difficulté cognitive pour des raisons de santé et/ou sociale.
Nous nommons « télépédagogie » un dispositif éducatif sappuyant sur les possibilités de linformatique, visant à banaliser leur usage par des pédagogues dans lobjectif de développer les capacités personnelles de leurs élèves à accéder au savoir et à une meilleure insertion sociale. Dans le terme « télépédagogie », le préfixe « télé » renvoie au fait que toute communication exige un minimum de deux personnes pour que le résultat de léchange puisse être apprécié. On ne communique pas tout seul. Ce groupe minimum est une des bases de la télépédagogie. Nous admettrons que le groupe est devenu en soi une unité danalyse avec ses caractéristiques propres. [DILLENBOURG 96].
Ce travail est une contribution à la lutte par linformatique contre « lisolement » social individuel, pour une culture moderne qui inclut démocratiquement les outils de notre temps.
Jean Horvais, termine une licence de Sciences de léducation. Il est Coordonnateur du Dispositif de Socialisation et dApprentissage, de Villefranche. Une classe relais de lEducation Nationale. Ce DSA accueille les adolescents qui ne peuvent sadapter seuls à la vie des collèges. Ce sont des enfants bolides, des enfants qui se trouvent partout et nulle part, qui dans un premier temps ne peuvent sinscrire dans un travail effectif : des enfants qui paraissent désarrimés. Bien quils ne présentent pas de retard intellectuel global, leurs difficultés psychologiques sont venues parasiter leur rapport à lapprentissage. [FRANC-ROBLES 02]. Ce DSA est un des établissements de laction OLIVIER2
Sophie Delouis, psychosociologue spécialisée en sciences de léducation et docteur en ingénierie informatique a présenté une thèse en 1995 sur lapport de lhypermédia aux systèmes dinformation. Elle travaille depuis 1985 sur la re-insertion par linformatique des enfants en échec scolaire et sur la formation des enseignants à linformatique pédagogique. Elle est actuellement chef de projet de laction OLIVIER.
LOLIVIER (Ouverture de Lieux VIrtuels dEchanges et de Ressources) est un dispositif de démarrage de Campus Virtuels [DELOUIS 02] . A ce nom où laccent est mis sur laspect technique, nous préférons celui de Communauté Educative en réseau centré sur les utilisateurs. LOLIVIER vise à re-activer la capacité « dapprendre ensemble » de jeunes en grandes difficultés cognitives pour des raisons de santé et/ou sociales. Cest un dispositif : technique (réseau Internet, plate-forme pédagogique laclasse.com [LA CLASSE.COM 03], et visio-conférence), organisationnel dans les structures inter-établissement et lorganisation du temps, et pédagogique incluant la gestion de projets socio-coopératifs à distance. LOLIVIER sadresse dabord aux établissements déducation spéciale pour un travail de formation-action des adultes qui appliqueront immédiatement cette télépédagogie à leurs élèves. Les communautés éducatives OLIVIER sont constituées de 4 ou 5 établissements maximum dune même région qui collaborent et coopèrent à distance. Après une action pilote en 2001-2002 un OLIVIER2 se déroule actuellement Cette action sappuie sur une convention entre : le Conseil Général du Rhône, lINSA, Handicap International et la Société Lyonnaise pour lEnfance et lAdolescence (SLEA). Cette action est reconnue par lUNESCO-ICES.
Dans ce document, nous présenterons cette action sous langle de lacquisition de connaissances et de lapport du multimédia pour lindividu. Nous montrerons en quoi nous avons repris la modélisation proposée pour créer une modélisation de dispositif qui permette à des adultes (pédagogues et éducateurs) dacquérir des connaissances de télépédagogie depuis une première sensibilisation jusquà un savoir faire stabilisé, et de lappliquer à leurs élèves.
Nous présenterons dabord les concepts de base de lacquisition de connaissance chez lhomme en amont du langage et 4 lois du rôle du multimédia dans lacquisition de connaissances.
La seconde partie présentera la conception et la mise en uvre de la Télépédagogie du dispositif lOLIVIER .
1. les concepts de base de lacquisition de connaissance chez lhomme en amont du langage et 4 lois du rôle du multimédia dans lacquisition de connaissances.
Nous abordons ici les moments intimes où les informations du monde réel extérieurs à lindividu se transforment pour lui en une connaissance. Cest lapproche du pôle tiers. [HARVEY & LEMIRE 01].
1.1 Notion détat de connaissance
La description et la modélisation de l'apprentissage est un domaine qu'aucune discipline ne peut prétendre couvrir totalement à elle seule mais chacune apporte au domaine une contribution originale ; ainsi, la branche connexionniste de l'Informatique, a fondé ses premières réalisations sur une collaboration entre des biologistes, des psychologues et des électroniciens.
? Un des concepts majeurs de l'acquisition de connaissances : "la réaction conditionnelle" décrite par [LE NY 64] a été mise en évidence la première fois par PAVLOV ; elle correspond à la constatation qu'un apprentissage peut être généré par le simple mécanisme de répétition d'une situation particulière. Ce mécanisme, parfaitement naturel, a été étudié à nouveau par [HEBB 49] qui a proposé d'automatiser la situation en formulant une loi qui porte son nom mais qui a été reprise dans sa version la plus courante par [CARPENTER ET GROSSBERG 87]. Cette loi est l'une des plus utilisées dans les Systèmes Connexionnistes pour obtenir les apprentissages "artificiels" des machines. L'exigence de répétition dans l'apprentissage "naturel" des humains est communément admise et a fait l'objet de nombreux travaux [LA GARANDERIE 90 ; BADDELEY 92].
? Les biologistes ont montré que ces répétitions provoquaient en renforcement synaptique : il est admis aujourd'hui de façon consensuelle que l'apprentissage correspond à une modification biologique chez l'être vivant. Ainsi, la quasi unanimité des neuropsychologues donne le nom de Potentialisation à Long Terme (LTP) à une connaissance acquise, mémorisée [ECCLES 92 ; BERTHOMIER 94 ; CATTARELLI 94 ; DELOUIS 95].
Un « renforcement » se fait à des niveaux de granularité différents ; il est à la base de la constitution de l'imagerie interne du monde extérieur.
? Ce changement d'état induit le concept de la dimension temporelle de l'élaboration de toute connaissance [JEANNEROD 90] ; il conduit à parler "d'états de connaissance" (EC), à des temps "t"; ces états étant étroitement liés aux "images internes" [DELOUIS 95]
Une "image interne" doit être appréhendée comme un pattern unique et simple : une abstraction, créée par un processus particulier d'association de plusieurs sous-ensembles d'éléments autonomes. Des aires associatives ont été identifiées dans le cortex [CATTARELLI 94].
La figure ci-dessous illustre ce processus.
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A plusieurs éléments d'un niveau d'abstraction "bas" correspondent un nombre beaucoup plus restreint d'éléments d'un niveau d'abstraction supérieur. Ce mécanisme a été nommé "compression cognitive" [ZEKI 92 ; DAMASIO 94]. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, |
| créer une abstraction est au coeur même de ce qui est nommé "l'apprentissage" . Apprendre c'est | |
| Figure 1 Formation de connaissance par choix sélectif d'éléments et création d'une abstraction. | com-prendre, "prendre ensemble". |

Il est remarquable que les conclusions de chercheurs de disciplines aussi différentes
que la sémiologie, la psychologie, l'informatique dans la méthode
de l'Approche Orientée Objet et dans l'approche des Systèmes Experts
à base de règles, la neurologie et la biologie convergent quant
à l'expression de ce concept [BOY 90 ; KOHONEN 90]. Il
trouve son origine dans la théorie de la Gestaldt selon laquelle un phénomène
est appréhendé dans son ensemble global, organisé et non
dans les éléments qui le composent. Ceux-ci n'existent qu'en tant
qu'ils sont intégrés dans cet ensemble structuré dans cette
forme, hors de laquelle ils prennent une signification différente 1.
? La formation d'une connaissance est caractérisée par deux dimensions
:
- l'une, statique, concerne les différents éléments d'un
niveau d'abstraction donné ; une connaissance peut être pauvre,
riche, enrichie de nouveaux éléments.
- l'autre, dynamique, concerne une aptitude à changer de niveau d'abstraction
dans le sens "vertical".
L'association "verticale" est faite suite à un choix
des éléments en fonction d'une perspective sémantique.
"Je vois une couleur, une forme, je perçois de la main une forme
et un poids et je sais que c'est une pomme"2
. Le nom "pomme" est une des caractéristiques particulières
de l'objet.
? Selon le niveau de granularité auquel on se place, un élément
du monde réel est, soit une abstraction des éléments d'un
niveau inférieur soit un composant d'un niveau supérieur.
Le contexte dans lequel se déroule un événement
doit être considéré comme indissociablement lié à
la cognition; dans le monde naturel, une connaissance est toujours ancrée
à une décomposition et à un contexte[TIBERGHIEN 69].
Ce dernier est une dimension majeure : une connaissance sans contexte n'existe
pas. B.Wilson [WILSON 92] a montré qu'une capacité à
apprendre déficiente était souvent liée à un environnement
pauvre.
La figure 1.2 ci-dessous illustre la décomposition (centripète)
de l'élément A1 et sa participation (centrifuge) avec d'autres
éléments à la constitution de l'abstraction B1; elle présente
le concept de Maillage Cognitif [DELOUIS 95].
Un exemple peut illustrer ce propos :
l'expérience prouve que l'efficacité de la démonstration
d'un théorème (figurée par B1) demande la maîtrise
de concepts du domaine au niveau d'abstraction auquel se situe le cours (A1
et A2) ; Eventuellement ces deux concepts doivent pouvoir être expliqués
à un niveau plus détaillé.
Mais l'efficacité de la démonstration demande aussi l'utilisation
d'un matériel pédagogique (figuré par k) et la maîtrise
de certaines techniques de communication, et la référence à
des connaissances supposées acquises.
Le maillage cognitif d'une connaissance est l'ensemble des liens qui
la relient aux éléments de sa composition et de son contexte pour
un individu donné à un moment daté.
Par la suite, nous montrerons que le contexte dans lequel se fait lapprentissage
de communautés éducatives doit être géré.
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Le maillage cognitif est une structure propre à chaque individu. La connaissance a pu être en effet définie comme une structuration faite par l'homme du monde réel . "L'ignorance c'est le désordre ... le bruit est pour l'observateur, psychiquement de l' |
| ignorance, et par là l'inconnu, le mystère, physiquement le désordre ; la redondance est pour l'observateur, psychiquement de la certitude, physiquement de l'ordre : invariance, loi, répétition, pattern, régularité, stabilité..." [MORIN 77]. Par la répéti | |
| tion, le maillage cognitif est consolidé dans ses deux dimensions, centrifuge et centripète. | |
| Figure 2 Maillage cognitif d'une connaissance: centripète vers sa décomposition et centrifuge vers son contexte. |

Un concept de maillage cognitif concerne un domaine particulier de connaissances3 ;
il peut être lui-même appréhendé au niveau de chaque
individu ou au niveau d'un groupe social.
- Dans le premier cas, ce qui est dit du domaine, peut être entaché
d'éléments contextuels propres à chaque individu à
sa connaissance pratique du domaine. A des niveaux d'abstraction bas, on parlera
de connaissance de surface. Cette connaissance peut être qualifiée
de personnelle.
- Dans le second cas, la connaissance s'apure en se dégageant des contextes
particuliers ; elle s'exprime par des expressions symboliques dont la signification
est reconnue par chacun. Aux niveaux d'abstraction élevés, on
parlera de connaissances profondes. La connaissance est partagée,
elle peut être qualifiée de "sociale".
? Un individu construit lui-même sa connaissance [VARRELA 92]. Il
a été montré en effet que la participation et la motivation
étaient directement liées à l'efficacité de l'apprentissage
[MORIN 77]. Ainsi, la notion de travail impliquant les concepts d'action
et de répétition est présente tout à la fois dans
les travaux concernant la cognition et la mémoire [LA GARANDERIE 90 ;
ISNARD 90 ; BOSIO 92]. Le concept nommé mémoire
de travail, définit par Baddeley [BADDELEY 92] et repris par
la quasi-unanimité des neuropsychologues, définit la phase du
processus de mémorisation à court terme où l'individu compare
une situation nouvelle à des patterns déjà tracés.
Cette exigence d'activité de l'apprenant dans tout apprentissage précise
le concept de sa dimension temporelle, dont le thème été
abordé ci-dessus. elle conduit à poser le concept « d'état
de connaissance » EC.
Un Etat de connaissance est l'ensemble des caractéristiques du maillage
cognitif (MC) : îlots de connaissance interne et référents
externes du contexte.[DELOUIS 98]
Une formule des facteurs influant le contenu d'un état de connaissance
EC d'un acteur "act" peut être proposée. Elle permet
d'aborder les changements d'états de connaissance indépendamment
du domaine sur lequel porte cette connaissance.
Un état de connaissance est daté : (t) ; et dépend
du niveau d'abstraction auquel on se place : (na(i))
ECact = f(t, na(i), CSact, CHact)
où CSact est le contexte socioculturel de l'individu et CHact le contexte de son histoire personnelle.
Pour simplifier, nous parlerons de « connaissance acquise à un moment donné ».
La formule sapplique à tout domaine de connaissance : objective, subjective, affective ou potentielle (créative). Elle illustre les facteurs sur lesquels il sera possible de travailler pour faire évoluer les « états de connaissance » de lapprenant.
1.2. Modèle MEMX délaboration de la connaissance en amont du langage, apport du multimédia du monde naturel
Apprendre à connaître est un processus intellectuel élevé. En réalité, l'apprentissage commence dans des activités très humbles qu'il présuppose : sentir, percevoir, écouter ... et mémoriser.
Ces lignes, empruntées à D.Parrochia [PARROCHIA 93], nous permettent de circonscrire le domaine abordé dans ce document. Il est celui des différences dans l'apparence et peut être dans la nature même entre ce que l'on appelle "la connaissance abstraite" et les éléments sensoriels sur laquelle elle se construit. Nous ne nous attacherons pas ici à tenter d'expliquer la nature de la connaissance ; cela paraît impossible ; l'école de la Recherche est une école de deuil, de renoncement [MORIN 77] ; néanmoins, l'existence même d'une transformation de nature des éléments concrets, triviaux en des abstractions est une réalité.
Disons à nouveau quil est communément admis aujourd'hui qu'acquérir une connaissance, c'est être capable d'extraire une structure signifiante dun champ sensoriel dentrée[KONEN 94].
? Concept de travail et d'énergie lié à la cognition :
Dire que le travail fatigue et que réfléchir est un travail pourrait passer pour une banalité si l'on omettait de préciser que ce domaine a fait l'objet de travaux dans de nombreuses disciplines. Des expériences réalisées par Raichle[RAICHE 94] ont montré en particulier que dans le cortex, le volume de flux sanguin circulant lors de l'élaboration de pensées originales était beaucoup plus important que lors de l'énoncé de paroles banales dans lesquelles l'individu ne s'implique pas ; la consommation de glucose est significativement plus importante dans le premier cas.
On assimilera le processus d'abstraction dans le cortex à une "économie cognitive". Ce thème a été approfondi par Sieroff [SIEROFF 92]. Dans un tout autre domaine scientifique, la sémiologie, Baudrillard [BAUDRILLARD 68] pose le principe que l'acquisition de connaissance conduisant à des innovations technologies a pour but d'économiser l'énergie. C'est parce que les hommes ont pu déléguer les tâches manuelles à des outils que l'énergie dont ils disposent a pu être optimisée et utilisée dans les activités intellectuelles.
Un minimum d'énergie est nécessaire à l'être vivant pour capter les messages médiatiques du monde naturel, pour les "percevoir" à la première étape de la cognition.
Or, les caractéristiques pluri-médiatiques du monde réel contribuent à la bonne gestion de l'énergie disponible chez les individus :
Cette dimension est apparue très clairement lors des premières expérimentations du prototype de l'outil d'aide à la rééducation de la mémoire des cérébro-lésés4.
A titre d'exemple : Le micromonde d'une cuisine banale où des objets pouvaient être déplacés dans des placards virtuels pouvant s'ouvrir et se fermer était présenté aux malades. Tout fonctionnait parfaitement. Pourtant une personne dit : "je ne peux rien faire, votre cuisine me glace." Elle avait raison. Le monde n'est pas constitué que de dimensions objectives, rationnelles et fonctionnelles. Un pot de fleurs a été ajouté sur la table de la cuisine et des rideaux fleuris aux fenêtres du micromonde virtuel : la cuisine est devenue plus chaleureuse et l'exercice demandé beaucoup plus facile à réaliser. Toutes les recherches sur le design des lieux de vie vont dans le même sens : le décor influence "le bien être" et ainsi, indirectement l'aptitude à s'adapter à l'environnement. Lapprentissage conditionnel [FLORES 64] trouve un écho dans les caractéristiques médiatiques du monde naturel, ses dernières sont donc porteuses d'informations de la "connaissance subjective".
Nous dirons que, dans tout contexte nouveau les premières tentatives de perception du monde naturel visent à rechercher les éléments qui indiqueront si le climat est favorable ou hostile psychiquement, affectivement. Certaines caractéristiques du monde naturel n'ont d'autre fonctionnalité que de renseigner sur une connaissance d'ordre affectif. Si le résultat de l'investigation donne la re-connaissance d'un climat hostile (en fonction d'une expérience passée), l'individu se replie sur lui-même et ne peut être disponible pour capter les signaux médiatiques émis par les objets de son environnement. Il ne peut percevoir les dimensions "objectives" de son environnement.
Cette connaissance typiquement subjective de l'interprétation des caractéristiques du monde naturel est plus fondamentalement sociale que personnelle : l'interprétation d'une forme, d'une couleur ou de certaines situations pourra être totalement différente d'une société à l'autre.
Le multimédia, quil soit naturel ou artificiel, joue un rôle clef dans la gestion des dimensions subjectives de la cognition.
Ces travaux nous ont conduit à proposer 4 lois régissant le rôles des dimensions objectives du contexte sur la dimension subjective de lacquisition de connaissances. Elles seront données ci-dessous.
? Le modèle mental daccès à la connaissance structuré en couche ; rôle des caractéristiques pluri-médiatiques des objets du monde naturel.
La possibilité dacquérir des connaissances avec les ordinateurs en dehors des références aux canaux linguistiques a pu être mise en évidence par PAPERT [ PAPERT 1981 ]. Des travaux étaient proposés à des personnes qui nutilisaient pas ou mal le langage entendu, parlé et a fortiori écrit. Elles ont pu néanmoins acquérir des connaissances stables dans le temps ; ce fait n étant pas modélisé, les applications pédagogiques se faisaient cas par cas, sans que lon puisse gérer les dimensions dinformations acquises. Progressivement, la conception de micro-mondes virtuels a permis de comprendre que la connaissance possédait deux facettes étroitement liées, lune sensible de nature sensorielle, lautre symbolique de nature abstraite [QUEAU 94]. Le nom de « connaissance totale » lui a été donné.
Notre intérêt à comprendre les possibilités du multimédia pour communiquer si possible avec les personnes ayant des déficits cognitifs lourds nous ont conduit à rechercher les points communs dans les travaux de chercheurs dans des disciplines différentes concernant tous lapproche de la connaissance ; ces disciplines sont : la biologie, lintelligence artificielle, (approche des systèmes à base de règles) et approche connexionniste), la psychologie, la sémiologie, la neuro-psychologie et les sciences de léducation. La synthèse de ce travail a conduit à proposer, dans la thèse de S. Delouis, le modèle mental présenté ci-dessous composé de quatre couches [DELOUIS 95] :
a. La couche la plus profonde est celle de l'affectif et de l'énergie ; les dimensions qualitatives du monde naturel pourront être reprises dans le multimédia artificiel
Chacun sait qu'une personne trop fatiguée ne perçoit rien de son environnement et qu'un bon professeur sait "chauffer" l'atmosphère pour que son auditoire puisse entendre et apprendre.
La transmission de ces dimensions subjectives est un des problèmes de la cognition assistée par les ordinateurs mais nous savons que les caractéristiques médiatiques du monde naturel participent d'elles-mêmes à la gestion de l'affectif. (cf la Loi 2, ci-après).
Le repérage des propriétés d'ordre subjectif de médias, d'objets et de situations particulières permettra d'inclure ces derniers dans des simulations virtuelles hypermédias dans l'objectif de faciliter l'apprentissage.
b. La seconde couche est celle de ce que l'on appelle "l'attention sélective" [SIEROFF 92] : c'est la capacité qu'a un individu à percevoir spécifiquement et simultanément les signaux externes ou internes.
La recherche auprès de cérébro-lésés gravement atteints, a permis de constater chez eux de grandes difficultés à activer simultanément leurs capacités de voir, d'entendre et d'agir tout en essayant de comprendre ; l'une ou l'autre des capacités était privilégiée au détriment absolu des autres. Il en résultait que l'image des expériences vécues était trop pauvre (incomplète) pour être réutilisable ultérieurement.
Les outils multimédias permettent de stimuler les fonctions déficientes en sur-représentant certaines des caractéristiques médiatiques du monde naturel (des bruits plus forts, des couleurs plus vives ...). L'enrichissement des connaissances est ainsi "forcé", il y a stimulation par simulation.
Cette seconde couche est aussi celle de la "re-connaissance" d'expériences déjà vécues. A ce niveau, le mécanisme activé peut être assimilé à celui de la reconnaissances de formes. Ce mécanisme devient souvent automatique chez la personne saine, elle agit par réflexe, sans fatigue ; il utilise les propriétés des OPC pour une identification rapide des objets ou des situations. Le concept d'OPC indique que parmi tous les éléments constitutifs d'une connaissance, certains ont un statut particulier, privilégié en ce sens que leur seule présence permet d'identifier l'objet sans nécessiter une exploration de l'ensemble des éléments. Ce sont des "catalyseurs" de connaissance.
Par exemple, une couleur particulière fait penser immédiatement à un citron.
L'usage de mots particuliers dans une phrase permet d'identifier le milieu social du locuteur.
Ces deux premières couches (a et b), sont celles de la connaissance subjective qui conditionnent l'accès à la connaissance objective.
c. La troisième couche est celle de la construction de connaissances nouvelles. Elle ne peut pas fonctionner par automatisme et simple reconnaissance de forme mais demande une implication personnelle de l'individu et le choix de stratégies permettant deffectuer, de façon optimum, des allers et retours d'un niveau d'abstraction à un autre. Un état de connaissance se stabilise lorsque l'individu arrête son choix sur des éléments qui seront ou non sélectionnés pour être mis ensemble et pour être globalement représentés par une seule abstraction. La création de connaissances nouvelles par le dépassement (renoncement) de connaissances anciennes seffectue par plusieurs cycles d'itération entre les niveaux d'abstractions. Il s'agit là d'un véritable travail personnel et intérieur demandant une disponibilité d'énergie.
Je qualifie de "personnelles" les connaissances nouvelles élaborées dans cette troisième couche car l'individu peut parfaitement comprendre, même s'il n'exprime pas sa connaissance.
Un système hypermédia peut être conçu pour faciliter la perception et lapprentissage des stratégies connues pour être les plus performantes (Pivots de Connaissance - Loi 1), dans l'acquisition d'une connaissance nouvelle. Ces stratégies seront représentées dans des scenarii virtuels de situations problèmes sollicités autant de fois que nécessaire pour être appris.
d. La quatrième couche est celle de l'expression de la connaissance en utilisant une codification reconnue d'un milieu social spécifique. C'est celle du langage codifié.
Souvent, l'accès aux connaissances nouvelles, pour un individu, est "socialisé" et par voie de conséquences lié à leur dénomination ; les couches c et d sont alors confondues.
Ce modèle est illustré dans la figure ci-dessous :
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NIVEAU DE LEXPRESSION SYMBOLIQUE
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| 4. COUCHE DE LA MAITRISE DES CODES SOCIAUX ET DU LANGAGE |
CONNAISSANCES OBJECTIVES PARAMETRES DE CONDITIONNEMENTS CONNAISSANCES SUBJECTIVES
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LIE A DES DIMENSIONS SOCIALES ET CULTURELLES
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| 3. COUCHE DE LELABORATION MENTALE DE CONNAISSANCES NOUVELLES LIEE A LA MAITRISE DE STRATEGIES | ||
| 2. COUCHE DE LA RE-CONNAISSANCES DEXPERIENCES DEJA VECUES | ||
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LIEE A LATTENTION SELECTIVE
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| 1. COUCHE DE LAFFECT ET DE LA MOTIVATION | ||
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LIE AUX RESSOURCES DE BIO-ENERGIE
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LES OBJETS TANGIBLES DU MONDE REEL
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Figure 3 Le modèle en couche MEMX de laccès aux connaissances symboliques
1.3. Les 4 lois du rôle du multimédia naturel dans lacquisition de connaissances
Des travaux pluridisciplinaires de recherche ont conduit S. Delouis à proposer quatre lois [DELOUIS 96] définissant le statut particulier des caractéristiques des objets du monde naturel dans leur participation à l'acquisition de connaissance 5. Ce sont :
Loi 1 : Existence d'Objet Pivot de Connaissance (OPC)
Pour rappel, Le concept d'OPC indique que parmi tous les éléments constitutifs d'une connaissance, certains ont un statut particulier, privilégié en ce sens que leur seule présence permet d'identifier l'objet sans nécessiter une exploration de l'ensemble des éléments. Ce sont des "catalyseurs" de connaissance.
Loi 2 : Tout objet du monde naturel est porteur de trois types précis dinformations liées : à une connaissance affective, à une reconnaissance potentielle de situations déjà rencontrées et à la connaissance potentielle de connaissances nouvelles.
|
Un exemple peut illustrer ces dimensions: dans une gomme verte et bleue, les couleurs ont été choisies tout à la fois pour "faire gai" et pour rappeler que les deux extrémités de la gomme sont spécialisées l'une pour l'encre, l'autre pour le crayon ; enf |
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| in, la texture de la gomme se prête parfaitement à la fonction de "porte épingles" | |
| Figure 4 Les trois types dinformation portées par tout objet du monde réel |
Loi 3 : Transitivité de caractéristiques subjectives d'un objet
à son environnement immédiat
Cette loi stipule qu'une dimension subjective forte supportée par
un composant d'un objet est transmise au contexte de cet objet quels que soient
les niveaux d'abstraction considérés.
Deux exemples permettront d'illustrer cette loi :
- Une Renault Megane propre et sobre impressionne (?) et donne une image de
standing à son propriétaire,
Une Renault Megane rose bonbon et sale ne donnera pas la même image du
même propriétaire.
- La présence d'un pot de fleurs fraîches sur une table rend tout
l'intérieur plus chaleureux.
Loi 4 : L'interprétation des dimensions subjectives des objets et
de leur statut d'Objet Pivot de Connaissance est liée à un domaine
de connaissance et à un contexte social.
A titre d'exemple : Les arguments d'ordre subjectif (styles des images,
fonds sonores) influençant les étudiants d'une grande école
de commerce en France ne seront pas forcément les mêmes que ceux
auxquels seront sensibles des ingénieurs d'une entreprise de chimie minérale
au Chili.
Il découle de cette loi que les applications hypermédias du
type de l'aide à la cognition seront forcément dédiées
à la fois à un domaine de connaissance et à une population
précise.
Ces lois, qui conduisent à s'écarter d'une vision exclusivement
artistique des techniques hypermédias, permettent de préciser
les dimensions dites subjectives des objets du monde naturel et ouvrent une
voie vers leur gestion par des outils informatiques.
Ces lois du monde naturel servent de base à la conception de mondes virtuels
dans la Cognition Assistée par Ordinateur. Elles ont permis de proposer
des outils conceptuels et logiques qui ont été utilisés
dans la réalisation du système de rééducation de
la mémoire MEMX. [DELOUIS 95].
Ces travaux ont pu être validés lors de la thèse de
S. Delouis par lutilisation dun système informatique créé selon
ces principes : des tâches à réaliser dans des micro-mondes
hypermédias proposés à des personnes gravement handicapées
sur le plan cognitif avec pour objectif de rééduquer leur faculté
dapprendre. Le système a été utilisé par 60
personnes et testé de façon rigoureuse en phase finale par 18
en milieu hospitalier. Les résultats analysés scientifiquement,
en terme de durée de réalisation des tâches ont été
significativement positifs. La matrice obtenue par lévolution des
temps de réponse aux différentes épreuves pour chaque personne,
analysée également par les réseaux de neurones artificiels
(Cartes de Kohonen) a pu en outre mettre en évidence des groupes de patients
qui se sont montrés pertinents. [DELOUIS 94].
Ces travaux ont fait lobjet de plusieurs publications de niveau International.
Dans une démarche citoyenne, il est gênant deffectuer des
recherches à partir de besoins existants chez des personnes en difficulté
lourde sans que les résultats de ces travaux puissent leur être
utiles. Dans le cas des travaux rapportés ci-dessus, nous entrons dans
le cadre dinnovations pédagogiques utilisant les NTIC. Et le problème
est de savoir comment transmettre ces connaissances jusquà leur
mise en uvre effective bénéfique au plus grand nombre.
2. Conception et la mise en uvre de la Télépédagogie
du dispositif lOLIVIER .
2.1 lhistorique de la démarche du téléaccompagnement
à la télépédagogie
S. Delouis a été missionnée en 1992 pour développer
lusage de linformatique pédagogique dans un établissement
déducation spécialisée pour adolescents malades et
handicapés moteur. Cet établissement avait une activité
mixte : en partie un suivi pédagogique des adolescents à
lhôpital et en partie dans létablissement lui-même.
Une étude de six mois a été réalisée sur
létat des lieux et en particulier sur les besoins des adolescents
et des enseignants
? Les besoins des adolescents :
Ces jeunes avaient tous des conditions de vie très handicapantes par
rapport à leur suivi scolaire :
ooo
1 Encyclopédie 360 ROMBALDI 1978 vol 5 pp 212
2 Professeur MICHEL ; émission LA MARCHE DU SIECLE consacrée à la mémoire 1994
3 par exemple l'Astronomie ou La mode.
4 Travaux de recherche en thèse d'ingénierie informatique [36]
5 La genèse de ces lois à été détaillée dans [36]
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