Les communautés de pratiques & virtuelles :
Une constellation de pratiques innovantes, une culture de savoirs partagés,
un domaine de recherche émergent

Alain GRESSIER

Doctorant en Sciences de l’Education1
Université des Sciences & Technologies de Lille 1
Laboratoire TRIGONE-MEGADIPE
al.gressier@worldonline.fr
CMPP-CAMSP-DKE@wanadoo.fr






Mots clés :

question de recherche - usage des NTIC - apprentissage & innovation technologique - communautés d’apprentissages, de pratiques, virtuelles - travail collaboratif - gestion des connaissances (KM) recherche/action - culture éducationnelle


Résumé :

Le concept d’apprentissage en environnement informatisé s’assimile à un processus complexe à analyser et à définir, il permet cependant de fournir au chercheur, au formateur, ou à l’utilisateur final les outils d’analyse et de compréhension d’un tel contexte en perpétuelle mouvance.

Depuis plusieurs années en France, une nouvelle approche de l’apprentissage en environnement virtuel est initiée par le développement des Communautés de Pratiques (CoPs) et des Communautés d’intérêts.

En s’appuyant sur une démarche compréhensive d’une telle approche de l’apprentissage, nous constatons qu’un changement de positionnement paradigmatique s’impose aux différents acteurs de la formation favorables à la pratique du travail collaboratif en réseau.

L’objectif de cette contribution est de situer les enjeux d’une telle reformulation de l’apprentissage, en termes de transferts pédagogiques, de changements organisationnels et culturels


Les communautés de pratiques & virtuelles :
Une constellation de pratiques innovantes, une culture de savoirs partagés,
un domaine de recherche émergent




  1. L’usage des NTIC, question de recherche : l’apprentissage en environnement informatisé

Cette proposition de communication est l’occasion de définir : « le concept d’apprentissage en environnement informatisé ».(J. BASQUE, S. DORE)2 Il s’agit là de situer les outils de compréhension qui permettent au chercheur, au formateur et à l’utilisateur final des NTIC d’identifier les constituants d’un tel contexte.
Pour Josianne BASQUE, l’environnement d’apprentissage informatisé peut être défini : « comme un lieu réel ou virtuel abritant un ou plusieurs systèmes interagissant dans un but commun : l’apprentissage. ». Chaque individu, formateur, enseignant, apprenant, système informatique (matériel ou logiciel), est alors considéré comme un sous-élément d’un environnement dont l’objectif principal est de faciliter l’apprentissage.
L’environnement est conçu de façon à favoriser et surtout faciliter une construction commune de savoirs, par une communauté de personnes qui adopteront une démarche volontaire et autodéterminée à la fois. La démarche s’appuiera plus spécifiquement sur une approche socio-constructiviste de l’apprentissage, et sur des stratégies éducatives qui favorisent l’acquisition des connaissances par l’apprenant dans un environnement dit formel (l’école, l’institut de formation, l’université..) ou informel (le lieu de travail, le club de loisir, le cercle familial..).

La notion d’environnement est particulièrement importante, au plan de l’organisation, de premier abord il apparaît que dans un tel développement de projet d’apprentissage, l’une des valeurs à rechercher sera celle qui facilite l’accès à la connaissance. En ce sens, le choix des systèmes (outils, matériels et logiciels par exemple), et des méthodes pédagogiques constitue l’un des critères de réussite de ce qui devra être considéré à terme comme « un environnement enrichi » qui permet à l’apprenant d’accéder de façon guidée ou autonome à l’information qui prend sens pour son projet individuel d’apprentissage. La mise à disposition de ressources de toutes natures doit en conséquence être structurée, la gestion électronique de la documentation (GED), ou la diffusion des flux d’informations (de type workflow) servira le plus souvent de modèle de base pour une telle approche de l’accès à l’information.

Dans la terminologie anglaise contemporaine les chercheurs parleront le plus souvent de modèles expérimentaux classés selon une taxonomie qui repose principalement sur le degré d’ouverture de ces environnements. A cette notion s’adjoindront d’autres critères « fonctionnels » ; quelles seront les possibilités d’adaptation du système mis en place face aux mouvances générées par le contexte social et économique par exemple. En termes plus généraux, il convient de s’interroger dès la phase de construction d’un tel environnement, sur les capacités des outils et approches conceptuelles mises en oeuvre à répondre aux attentes des usagers dans leur quête d’enrichissements personnels et interpersonnels.


De tels environnements contemporains sont souvent issus du domaine de la recherche scientifique et puisent leurs fondements dans les théories et concepts de l’apprentissage cognitif ou constructiviste.
Le domaine de la recherche nord-américaine, qui investit le concept d’environnement d’apprentissage informatisé est riche d’exemples, sans préjuger d’une quelconque analyse exhaustive en termes qualitatifs, nous pouvons identifier à titre de premières références les expérimentations suivantes :



A la lecture de cette énumération sommaire, nous pouvons cependant constater la prédominance des expérimentations menées dans le domaine de la recherche nord américaine. Il est également utile de souligner l’importante référence qui est faite à la psychologie cognitive et à l’apprentissage qui prend pour base les théories constructivistes et coopératives du travail en environnement informatisé.

Cette problématique de recherche apparaît donc étendue et en perpétuelle mouvance ; elle génère des concepts et théories qui relèvent du domaine de la connaissance des savoirs savants. Ceux-ci ne sont, globalement, que difficilement accessibles, en l’état de « connaissances natives » pour le plus grand nombre d’usagers. A l’étude des diverses recherches en ce domaine, il apparaît clairement, du point de vue de l’usager, que l’aspect technologique et fonctionnel prévaut avant toute autre considération. (A. KERAVEL)3.

Dans le domaine de la sociologie de l’usage informatique, cela consiste à dire que l’usager de l’outil informatique se positionne d’abord comme un apprenti autodidacte, qui se fie en premier lieu à ses propres compétences en matière d’initiative et d’interprétation. L’aspect informel de l’acquisition des connaissances est donc privilégié par rapport à toute autre forme d’enseignement ; il existe en pareil contexte un « savoir local d’usage » (Gaston PINEAU)4. L’auteur considère que chaque apprenant est également à l’initiative de la diffusion et du partage de connaissances : celles qui sont issues de sa propre expérience mais qui ne sont pas formalisées en concepts ou théories.
Il existe dans ces environnements une « logique de l’usage » de l’informatique qui est définie dans ce contexte comme une construction de l’usager, elle prend une forme plus ou moins aboutie ; elle n’est donc pas initialement prévisible. L’utilisateur garde toujours la possibilité de sortir du cadre prescrit par l’inventeur de l’innovation, il s’approprie en qualité d’usager, des approches personnalisées, non identifiables par d’autres. Il n’existe, selon ces considérations, pas de modèles d’utilisation universellement prescrit, l’usage de l’objet technologique est en quelque-sorte modulable. Les possibilités d’utilisation sont telles que les usagers peuvent en découvrir personnellement certaines fonctions qui ne seraient pas initialement détaillées dans le manuel d’utilisation prescrit par le producteur de l’innovation ou du modèle expérimental.

Trois approches s’adaptent plus précisément à ce sujet d’analyse, elles ont pour dénomination : l’approche de la diffusion, de l’innovation et de l’appropriation.

Selon Florence MILLERAND5, l’approche de l’appropriation prend pour objet d’étude, plus spécifiquement le moment de la conception des objets techniques, il s’agit pour le chercheur d’analyser des situations, les comportements d’usagers dans le temps. L’analyse se centrera sur le plan de la mise en œuvre ou plus précisément, sur la « mise en usage » des technologies dans un contexte social donné.
Elle correspond à la notion de « construction sociale de l’usage », ce point de vue est particulièrement intéressant à analyser, pour le chercheur, puisqu’il s’agit de comprendre les significations des comportements observés chez l’usager vis à vis d’un objet technologique donné mis à sa disposition.
Elle se différencie bien nettement de l’approche de la diffusion, dont la finalité consiste à prendre la mesure, en termes quantitatifs, du taux d’utilisation réel qui sera fait d’un objet technique présenté comme innovant par un groupe usagers.
Les outils méthodologiques de l’approche de l’appropriation seront plutôt ceux de l’analyse qualitative ; ils sont en règle générale issus du courant de l’ethnométhodologie sans exclure pour autant d’autres méthodes comme l’approche participante, l’analyse des discours ou de façon plus traditionnelle les analyses de contenus d’entretiens.
Les approches d’analyses combinées comme celle de la sociologie de l’usage et de l’analyse compréhensive, permettent de mettre en relief les différences qui se font jour entre une utilisation modélisée et prescrite d’une approche d’apprentissage donnée et l’usage réel qui en est fait au final par l’utilisateur.
Ainsi pour le chercheur en Sciences de l’Education, qui se positionne en spécialiste des sciences humaines, il importe souvent, avant tout d’identifier, de formaliser et d’évaluer des pratiques pédagogiques qui précèdent l’usage de l’outil. Cela suppose pour lui de prendre en compte la part d’autonomie et d’initiative qui devra être laissée à l’usager, cette part n’est souvent pas, dans le domaine de l’appropriation d’une innovation donnée, à considérer comme portion congrue.
Comme le souligne de façon fort pertinente le chercheur Jacques RHEAUME6, il est primordial dans le domaine de la recherche technologique de comprendre comment s’opère la transformation personnelle et sociale de l’apprenant dans un environnement technologique. Selon lui il s’agit dans la logique de l’acteur en premier lieu « d’apprivoiser la technologie » avant même de suivre un cadre méthodologique conseillé.

Une autre approche de l’innovation peut également être adoptée : elle fait référence à celle qui initie un processus d’accompagnement perpétuel de l’accès à la connaissance et qui intervient à tous niveaux du processus de mutation des usages. Celle-ci permet aux décideurs de s’adapter aux contraintes du contexte, de ses modalités d’usage et d’interactions en termes de communication.

C’est à cette étape de la réflexion que nous pouvons constater qu’un changement de positionnement paradigmatique s’impose aux différents acteurs de la formation favorable à la pratique du travail collaboratif : comment pouvons-nous apprendre ensemble en réseau dans un tel processus d’apprentissage perpétuel et quelles sont les démarches les plus appropriées ?

Selon Pierre LEVY7 nous avons depuis longtemps basculé grâce aux équipes de recherche du CERN dans le « World Wide Web », un monde où nous pourrions avoir la tentation d’investir, le monde de l’information ordonnée et hiérarchisée, et d’accéder dans un tel ordre de marche à tous les corpus de la connaissance.
Hors, avec le retour de l’expérience acquise en qualité d’usagers internautes nous savons surtout dorénavant que selon la formule de l’auteur, nous accédons à « un déluge d’informations, pour le meilleur et pour le pire », et que ce processus de création et de gestion désordonné des flux de documents ne s’inversera plus. Par ailleurs, « le projet de maîtrise du savoir par un individu ou un petit groupe devient de plus en plus illusoire », avec l’émergence du cyberespace, l’accès au savoir dans son entier devient illusoire pour un seul être. Chaque individu, organisation ou institution constitue de sorte une totalité partielle de cette gestion de la connaissance, c’est ce que l’auteur nomme, à juste titre « l’inaccessibilité du tout ».

Ainsi, l’intelligence collective, s’apparente à une addition de connaissances souvent hétérogènes et singulières ; en partie par réaction à cette prise de conscience, elle s’identifie plus à un processus ordonné et réfléchi qui prend en compte les différentes constituantes sociales et contextuelles qui sont mises en interaction dans un projet de construction, de production de richesses intellectuelles.

L’apprentissage en environnement informatisé, s’assimile donc à un sujet d’analyse complexe à modéliser et à mettre en œuvre. Pour une meilleure compréhension d’ensemble des phénomènes d’interaction qui existent entre aspect technologique et social d’un parcours d’apprentissage ou de formation donné, il apparaît judicieux de prendre en compte les apports des sciences de l’ingénierie pédagogique.8

2. Les communautés de pratiques & virtuelles : une occasion de reformuler la structure des centres de ressources pédagogiques



L’usage de l’informatique génère ses propres lois et conditionne ses modes d’utilisation (P. LEVY), ainsi la gestion des connaissances se trouve-t-elle modifiée, notamment au sein des lieux dédiés aux accès au savoir : les centres de ressources pédagogiques.
Bien des professionnels de ce secteur de la gestion de l’information et de la communication sont soucieux de s’adapter aux réels potentiels ouverts par les expérimentations à caractère scientifique en ces domaines. Situer les technologies informatiques comme objet et sujet d’apprentissage engage, de façon permanente, pour ces acteurs une recherche de maîtrise de nouvelles compétences professionnelles. De ce fait cela nécessite de leur part une capacité d’adaptation et d’appropriation de nouvelles démarches de gestion des ressources qu’ils ont à mettre à disposition de leurs publics respectifs mais également d’enrichir au quotidien.

Il s’agit là d’une démarche complexe à entreprendre et à analyser, elle correspond très implicitement aux travaux qui sont menés par les membres du Laboratoire MEGADIPE de l’Université de Lille 19. Ceux-ci sont, en effet orientés vers les dimensions politico-institutionnelles, organisationnelles, pédagogiques et technologiques de la formation et de l’accès à la connaissance des apprenants. L’équipe OPEN effectue notamment des recherches dans le domaine de l’ingénierie des formations ouvertes, ses membres conçoivent, conduisent et évaluent des systèmes de formation finalisés par leur ouverture et leur capacité d’adaptation aux individus et aux organisations.

Dans le cadre d’un Doctorat en Sciences de l’éducation, mes travaux concernent l’analyse d’une adaptation et d’une reformulation des Centres de Ressources. Trois années de travail en ce domaine me permettent de proposer une réponse qui, sans pour être autant totalement finalisée en terme de modèle conceptuel, pourrait présenter quelques pistes de réflexions ouvertes à une première analyse.
Face aux déploiement du principal modèle d’apprentissage à distance reconnu et largement développé en France : la télé formation (e-learning)10 se dessine actuellement une différente possibilité d’apprendre « autrement » à distance. Mes recherches s’inscrivent donc dans la conception de cette réponse adaptée au renouvellement des pratiques des centres de ressources en environnement virtuel. Mes analyses me conduisent à proposer une autre approche qui n’est pas sensée se substituer à tout autre modèle existant, il s’agit de proposer une autre possibilité. Les communautés d’apprentissage se présentent donc, selon mes analyses, comme un mode d’accès à la connaissance qui permet de s’affranchir des principales contraintes organisationnelles qui s’opposent à une facilitation de l’apprentissage en contexte formel et de reconnaître, en parallèle, les apports de l’apprentissage informel des apprenants.

Les scientifiques des pays anglo-saxons explorent déjà depuis plus d’une quinzaine d’années le concept de communauté d’apprentissage « Learning communities» ( E. WENGER ; J. LAVE ; R. DERMOTT ; W. SNYDER)11. Son domaine d’application est large et se définit en plusieurs dénominations selon les contextes institutionnels. A l’étude des approches conceptuelles des « communautés de pratiques et virtuelles » (H. RHEINGOLD), et de leurs constructions, nous pouvons comprendre comment une reformulation du fonctionnement de telles structures peut-être impulsée.
Il apparaît que de plus en plus d’expérimentations du concept de communautés d’apprentissage se développent au sein des différents secteurs économiques, et éducatifs en France.
Les retombées scientifiques en termes d’enseignements procéduraux ne sont malheureusement pas encore bien exploités, ni publiés, sans doute comme le souligne Serge Pouts-Lajus12, dans le domaine de l’apprentissage social : « Trop de connaissances se perdent et trop d’énergie sont gaspillées parce que les équipes ne sont pas capables de transcrire les observations récoltées en concepts clairs ».13 Cette remarque pourrait être étendue à bien des domaines éducatifs et économiques.
Si nous désirons également tenter de définir le concept de « learning communities » dans sa diversité de représentations, nous nous apercevons qu’il semble difficile d’en dresser des contours très francs. Les communautés d’apprentissage se présentent en tout premier lieu comme une « constellation de pratiques inter reliées » (E. WENGER)

Construire, animer et pérenniser dans le temps une communauté de pratique suppose de suivre les recommandations des experts initiateurs du concept. Bien que cela s’apparente à une démarche particulièrement difficile à décrire dans le cadre de cette présentation, nous pouvons néanmoins en dégager les principales orientations :

La première étape du projet de création d’une communauté consistera à fédérer un groupe de personnes qui sont engagées dans une entreprise commune : bien souvent ces personnes ignorent qu’elles travaillent sur un même sujet. Bien que chaque groupe dans sa démarche collective identifie un sujet qui lui est propre, à la base de cette construction se développent, dans tous les cas, des démarches de négociation et d’attribution de responsabilités.
L’engagement des membres reposera également sur des règles bien définies, celles-ci seront sensiblement basées sur les mêmes valeurs, indépendamment de la complexité des projets mis en œuvre, au sein de chaque groupe de personnes.

Enfin en dernière étape, les membres communautaires travailleront à la constitution d’un répertoire partagé, qui constituera le résumé de leurs pratiques hétérogènes, ce répertoire peut être assimilé à une identification de leurs histoires, parcours et histoires de vie. Ces discours et intercommunications auront pour support principal les technologies spécialisées dans le domaine du travail collaboratif. La technologie sera donc le support principal de communication, pour autant, elle ne représente pas l’unique source support de communication. Elle aura pour principale avantage de susciter le rapprochement des individus et de favoriser par là-même la rencontre en présentiel de personnes qui ne se seraient sans doute jamais connues ou reconnues si elles avaient évolué isolément dans leur parcours individuel d’accès à la connaissance.

Cette présentation succincte des principes fondateurs des communautés est également l’occasion de percevoir toute la différence qu’il peut exister entre un groupe de travail ou en équipe et un développement de projet éducatif au sein d’une communauté de pratiques. En effet, le management des communautés s’appuie sur un mode de travail en équipe qui laisse une large place aux initiatives personnelles. Aussi, la gestion des ressources humaines au sein de ces espaces collaboratifs est-il favorisé par l’adoption d’un « leadership partagé ». Chaque membre, si l’on se réfère au concept de « participation périphérique légitime » de l’auteur peut apporter le fruit de ses connaissances, compétences et expertises à la communauté. Il co-construit donc collégialement un registre de connaissances partagées, il fait partie intégrante d’une équipe en recherche perpétuelle d’acquisition de nouvelles compétences.

Afin de donner corps à cette ambition, il reste aux responsables communautaires de mettre en place une gestion des communications qui respecte l’identité culturelle de chacun des membres. Le respect d’autrui, l’empathie, la croyance en des valeurs communes, l’authenticité des discours et des échanges sont autant de valeurs qui constituent ce que nous nommeront les valeurs éthiques, morales et identitaires qui serviront de modèle aux échanges interpersonnels.

Que les communautés d’apprentissage soient d’origine autodéterminées ou sponsorisées par un groupe économique ou social précis, elles respecteront ces valeurs communes. A défaut de respecter ces multiples orientations conceptuelles, elles risqueront de disparaître à plus ou moins longue échéance.

Le schéma décrit ci-dessous, permet d’identifier quelques-unes des orientations principales qui se développent, majoritairement hors de nos frontières, dans tous les secteurs à la fois, formels et informels de l’apprentissage et du partage de connaissances en environnement virtuel.

A titre indicatif, lors de cette présentation, une liste non exhaustive de quelques références d’instituts, organismes économiques, gouvernementaux qui souscrivent à ces orientations conceptuelles permettra de mieux apprécier la diversité des actions qui sont explorées au travers de cet essai de classification.




  1. Identification des conditions de transférabilité du concept de communauté d’apprentissage : problématique d’un projet de recherche-action

Le stricte respect des conditions conceptuelles qui conditionne une construction de communauté d’apprentissage ne peut garantir aux initiateurs d’un tel projet un développement sans écueils. Ceux ci s’identifieront sous diverses formes, une étude qui prend pour base l’étude des comportements sociaux en environnement informatisé investit le domaine des sciences humaines. De fait, une telle investigation introduit des interactions, des cheminements intellectuels et procéduraux qui émergent au gré du développement d’un projet. Un modèle de développement communautaire s’appuie le plus souvent sur un ensemble de préceptes et de théories, celles-ci une fois mises en œuvre susciteront des interactions suivant les différents contextes. Certains seront conformes aux attentes de la projection initiale dans le cas inverse, il s’agira, pour le chargé de mission ainsi que pour les décideurs de procéder à ce que nous définirons comme des réalignements stratégiques.
Dans le cadre d’une démarche de création de communauté d’apprentissage et de projet (Projet STEP : Synergie Transnationale pour l’Emploi et la Professionnalisation porté par INSTEP Formation14, le CREFO, les Maisons Familiales Rurales, de multiples partenaires français et belges et notamment l’association Maison Régionale X2000 – Flandres-Littoral attachée à la promotion des usages technologiques) nous avons repéré quelques-uns de ces écueils.


En partant de cette expérience nous avons noté que la construction d’une communauté d’apprentissage génère un ensemble d’interactions sociales, d’échanges, de discussions sur la recherche de sens, à toutes les étapes d’un processus de mise en œuvre du projet. Le suivi d’une « feuille de route » (roadmap), facilite le suivi de progression et de planification d’une telle démarche, mais celle-ci ne fait pas directement référence à l’ensemble des contraintes et écueils qui ne manqueront pas de se faire jour à l’occasion de telle ou telle étape de structuration de la communauté. S’ils ne sont pas clairement identifiés, ils peuvent entraver le bon déroulement de la mise en œuvre du projet communautaire.

Ceux-ci se déclinent sous trois principaux aspects différents et font référence aux notions de transferts pédagogiques, de changements organisationnels et d’adaptation culturelle.

La notion de transfert dans le domaine des sciences de l’éducation, est une notion toujours d’actualité (Ph. D Philippe JONNAERT)15, mais selon cet auteur la contextualisation des connaissances est devenue aujourd’hui l’un des premier concepts centraux à prendre en considération lorsque l’on aborde la question complexe du transfert de connaissances.
Une transposition totale des théories de l’apprentissage communautaire d’un contexte à un autre implique un parfait isomorphisme des situations (J.F. RICHARD) 16 ; en ce sens il apparaît difficile de trouver en contexte social une pareille situation. Nous pouvons considérer les différents éléments (outil, organisation, individus) du contexte comme des sous-systèmes d’un environnement complexe où chacun interagit à tout moment. 
Ainsi la notion d’adaptation au contexte est-elle omniprésente, les outils technologiques, les méthodes de travail et les types de management des ressources humaines sont censés évoluer de façon congruente. Le chercheur en ce domaine parlera plus volontiers de contextualisation des connaissances. L’accès aux informations peut être varié, chaque individu ou organisation développera le plus souvent des méthodes qui lui sont propres et qui sont considérées comme efficaces.
En pareil cas, nous pouvons également parler de travail situé (Jean LAVE), l’apprentissage sera considéré comme situé dès l’instant où il s’inscrira dans un contexte authentique, qui génère du sens pour l’apprenant. Toute la difficulté d’une telle mise en situation consistera donc à faire appel à une grande variété de situations, d’environnements riches, qui susciteront des réflexions, des interactions entre participants à une même recherche de développement de compétences. Dans le cadre de l’apprentissage communautaire, il s’agira, par exemple de collaborer à une résolution de problème complexe qui fera appel à une multiplicité de compétences transversales. Chaque apprenant apporte, par le partage de son registre de compétences, son soutien actif à l’élaboration d’un projet commun.
L’enseignant-chercheur Jean-CLENET17, propose dans cette orientation, de considérer l’apprenant comme une personne « un système ouvert » qui « est en perpétuelle interaction avec son environnement ». D’un point de vue structurel, nous devons comprendre que la notion d’apprentissage induit chez l’apprenant plusieurs perspectives : la personne s’inscrit selon l’auteur « dans une globalité ». En ce sens, la représentation qu’a l’apprenant d’un processus d’apprentissage aura pour base son propre traitement cognitif de l’information (son interprétation), l’intention de s’engager dans cette démarche (l’intention) ; elle prendra en compte également les ressentis (le traitement affectif) en contexte d’apprentissage.
En se basant toujours sur l’expérience acquise dans le domaine de la conception d’un environnement informatisé d’apprentissage, nous ne pouvons que conseiller de prendre en compte cette notion de représentation personnelle, en interrogeant cet aspect conceptuel, le chercheur étudiera de ce fait la conception des systèmes complexes et de la systémique.
Cette approche de la complexité concerne également la notion de changement organisationnel (Michel CROZIER)18, la résistance au changement notamment sera un thème récurrent dans une démarche de construction d’une communauté d’apprentissage.
Un intérêt plus particulier sera fixé sur le thème de l’identité culturelle socio-professionnelle française, il est apparu au cours des enquêtes et interviews d’usagers que les représentations jouaient un grand rôle dans la réussite d’un projet communautaire.
A l’occasion d’une formation de formateurs à la construction, à l’animation et à la pérennisation d’une communauté de projet (Plate forme AICREI)19, nous avons pu apprécier une certaine difficulté que nous pouvons qualifier de « difficultés d’adaptation culturelle ». Plus précisément, lors du module qui faisait référence au respect des comportements, (attitudes et éthique considérées comme bases de communication au sein d’une structure communautaire), nous avons eu l’opportunité d’identifier certaines de ces réticences.
La terminologie spécifique au leadership partagée, au discours authentique, au respect et à la valorisation du sujet apprenant a très souvent été qualifiée de « forte » et de « philosophique », de prime abord. Par conséquent, elle ne semblait pas être, de ce point de vue, transférable, en l’état, au contexte de la pratique de l’éducation ou de la formation française. Il fallut alors entamer une réflexion collective et surtout assurer une mise en contexte pour dépasser cette représentation culturelle. La question de la rupture épistémologique a été en ce sens une étape de la conscientisation du sujet apprenant dans un contexte d’apprentissage innovant. Il a donc été question de désapprendre pour mieux apprendre, comme il est habituellement présenté dans tout processus d’apprentissage.
C’est à cette étape de l’appropriation de nouvelles représentations par l’apprenant que sont apparues les transformations les plus notables.
Une fois cette étape franchie, l’apprenant s’ouvre à d’autres réflexions ; le mode d’apprentissage communautaire lui apparaît alors comme une « autre façon d’apprendre », comme le définissent très simplement les participants.

Le schéma proposé ci-dessous, résume les quelques aspects d’une recherche action qui aurait pour destinée de bien appréhender le concept théorique. L’axe qu’il apparaît intéressant d’investir, en qualité de choix prioritaire, est celui de l’accompagnement de la démarche d’apprentissage en environnement communautaire.


Force est de constater que le changement de posture paradigmatique et le changement organisationnel sont induits par l’approche, ces deux axes principaux fédèrent à eux seuls de multiples compétences en termes de recherche.

En effet, initier une démarche compréhensive du concept d’apprentissage communautaire suscite de nombreuses collaborations entre experts de multiples domaines scientifiques. Le développement des diverses formulations potentielles en contexte fournit plusieurs points d’analyses et d’études aux chercheurs.

Cette étude est en cours et se verra finalisée sous la forme d’une Thèse de Doctorat en Sciences de l’Education à la fin de l’année 2004 : « Les collectifs intelligents d’apprentissage et de partage de connaissances en réseau : les communautés de pratiques ».
Après cette exploration bien délimitée de cette recherche-action, il apparaît que le concept de communauté d’apprentissage se présente comme un domaine de recherche en émergence forte en France. Une adaptation des théories et approches conceptuelles reste , de ce point d’analyse, à inventer pour être parfaitement assimilée et appropriée par les acteurs de l’enseignement, de l’apprentissage ou du partage de ressources en environnement informatisé.
Ce travail est entamé, il se rattache à un autre domaine de gestion de la connaissance : celui du Knowledge Management (gestion de la connaissance) dans lequel de nombreuses et importantes sociétés se sont impliquées. Les frontières entre ces deux approches sont encore floues mais convergent dans bien des aspects.
Au final, les pratiques communautaires offrent de nombreuses perspectives en qualité d’ouverture des systèmes de formation et d’apprentissage. Elles appellent à un travail collaboratif et à la mise en commun d’une intelligence collectivement partagée autour d’une thématique commune qui dépasse les cultures et les frontières : la liberté d’apprendre autrement (Carl Rogers)20.




























Bibliographie

BASQUE Josianne, DORE Sylvie, Le Concept d’environnement d’apprentissage informatisé, Revue de l’enseignement à distance, Télé-Université, Centre de Recherche LICEF, Montréal, Canada

CARRE Philippe, CASPAR Pierre, direction du collectif, Traité des sciences et des techniques de la Formation, Editons Dunod, Paris, 1999

CLENET Jean, Représentations, Formations et Alternance : Etre formé et/ou se former ?
Editions l’Harmattan, Col. Alternances & Développements, 1998

CROZIER Michel, FRIEDBERG ERHARD, L’acteur et le système, Editions Le Seuil, Col. Essais, 1992

JONNAERT Philippe, Professeur-chercheur, Directeur du CIRADE, Actualité du transfert en éducation, Université du Québec, Montréal, Canada

KERAVEL Alain, Professeur en Management & Ressources Humaines, Multimédia et technologie, Revue électronique Le Préau : Multimédia et pédagogie

LAVE Jean & WENGER Etienne, Situated Learning : Legitimate Peripheral Participation in Doing : Social, Cognitive and Computanional Perspective, Editions du Cambridge University Press, USA, Sept. 1991

LEVY Pierre, Cyberculture : rapport au Conseil de l’Europe, Editions Odile Jacob, Novembre 1977

POUTS-LAJUS Serge & RICHE-MAGNIER Marielle, L’école à l’heure d’internet : les enjeux du multimédia dans l’éducation, Editions Nathan, Col. Pédagogie, Noisy-le-Grand, Mars 1998

MILLERAND Florence, Usages des NTIC : les approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation,
Doctorat de communication - Université de Montréal - http://commposite.uqam.ca/98.1/articles/ntic_1.htm

RHEAUME Jacques, Comprendre la transformation personnelle et sociale dans un environnement technologique ; Personnes, environnements et communautés dans l’univers technologisé, Professeur à l’Université Laval, Faculté des Sciences de l’Education, Canada

RHEINGOLD Howard, The virtual community : homesteading on the electronic frontier,Ed.The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, London England, 2000

RICHARD J.F. Les activités mentales, Editions Armand Collin, Paris, 1990

ROGERS Carl R., Liberté d’apprendre, Editions DUNOD, Col. Sciences Humaines, Paris, 1996

WENGER, Community of practice, Learning meaning and identity & Situated learning : legitimate peripheral participation, 1998


WENGER Etienne, Mc DERMOTT Richard, M. SNYDER William, Cultivating communities of practice : a guide to managing knowledge, Ed. Harvard Business School Press, Boston Massachusetts, 2002




1 Troisième année de doctorat ; l’auteur de cette communication est également salarié du domaine de l’action sanitaire et sociale, il y fait fonction de responsable informatique administratif & pédagogique, depuis une douzaine d’années ; il assure également dans ce secteur d’activité la formation de cadres et de thérapeutes à la pratique des technologies informatiques éducatives (autoformation & travail collaboratif en environnement informatisé)..

2 BASQUE Josianne, DORE Sylvie, Le concept d’environnement d’apprentissage informatisé, Journal of Distance Education,/Revue de l’enseignement à distance, http://cade.athabascau.ca/vol13.1/dore.html

3 KERAVEL Alain, Professeur en Management & Ressources Humaines, Multimédia et technologie, Revue électronique Le Préau : Multimédia et pédagogie

4 COURTOIS B. & PINEAU G, La formation expérientielle des adultes, Délégation à la
Formation professionnelle, Col. Recherche en formation continue, Editions La documentation Française, Paris 1991

5 Florence MILLERAND, Usages des NTIC : les approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation, Doctorat de communication - Université de Montréal - http://commposite.uqam.ca/98.1/articles/ntic_1.htm

6 RHEAUME Jacques, Comprendre la transformation personnelle et sociale dans un environnement technologique ; Personnes, environnements et communautés dans l’univers technologisé, Professeur à l’Université Laval, Faculté des Sciences de l’Education, Canada

7 LEVY Pierre, Cyberculture, rapport au Conseil de l’Europe, Paris, Odie Jacob, 1998

8 CARRE Philippe, CASPAR Pierre, direction du collectif, Traité des sciences et des techniques de la Formation, Editons Dunod, Paris, 1999

9 Laboratoire MEGADIPE, Université de Lille 1, Cité Scientifique de Villeneuve d’Ascq, CUEEP –
http://www-trigone.univ-lille1.fr/

10 Il existe au 14.05.03 : 235 plateformes d’e-learning à travers le monde ; Source THOT : http://thot.cursus.edu/rubrique.asp?no=12074

11 WENGER Etienne, Mc DERMOTT Richard, M. SNYDER William, Cultivating communities of practice : a guide to managing knowledge, Ed. Harvard Business School Press, Boston Massachusetts, 2002

12 Serge POUTS-LAJUS, Education et technologies de l’information : des influences réciproques, Observatoire des technologies pour l’éducation en Europe (OTE) - http://services.worldnet.net/ote/

13 Collectif, Revue Lien Social n° 304 : « L’informatique au service des handicaps – La communication chez les infirmes moteurs cérébraux »

14 Projet STEP - Programme PIC EQUAL (co-financement du Fonds Social Européen) – « Le projet STEP s’inscrit dans la problématique de la professionnalisation et de l’accompagnement vers et dans l’emploi des publics peu ou pas qualifiés dans les secteurs qui embauchent : construction, environnement, industrie, services d’aide à la personne »

15 JONNAERT Philippe, Professeur-chercheur, Directeur du CIRADE, Actualité du transfert en éducation, Université du Québec, Montréal, Canada

16 RICHARD J.F. Les activités mentales, Editions Armand Collin, Paris, 1990

17 CLENET Jean, Représentations, Formations et Alternance : Etre formé et/ou se former ?
Editions l’Harmattan, Col. Alternances & Développements, 1998

18 CROZIER Michel, FRIEDBERG ERHARD, L’acteur et le système, Editions Le Seuil, Col. Essais, 1992

19 Communauté AICREI (Apprentissage, Intelligence Collective, Ressources en Environnement Informatisé) –
 http://www.mayeticvillage.fr/QuickPlace/aicrei/Main.nsf/h_Toc/896f834c405969ecc1256a57004550ac/?OpenDocument

20 ROGERS Carl R., Liberté d’apprendre, Editions DUNOD, Col. Sciences Humaines, Paris, 1996, p. 163.



# 4