Documents complémentaires 2

  • Le livre
    Huile sur toile,
  • ( 1911)
  • Juan Gris,
    Centre pompidou, Paris

 

Au soleil du plafond
(Extraits)
Reverdy

Ces textes ont été écrits dans les années 1925,accompagnés d’illustrations de Juan Gris ( mort en 1927 ), publiés en 1955 par Reverdy.
Le premier a été écrit vers 1916, 1917.


Moulin à café

Sur la nappe, il y avait quelques grains de poudre ou de café. La guerre ou le repos sur les fronts qui se rident ensemble. L’odeur mêlée aux cris du soir, tout le monde ferme les yeux et le moulin broyait du noir comme nos têtes. Dans le cercle des voix, un nuage s’élève. Une vitre à la lèvre qui brouille nos pensées.

Le livre


La feuille au papier blanc, neuf sur la palissade. On monte et l’on descend.
La montagne est un livre dont les héros vont sur le vent. Les pages tournent, les mots tombent souvent.
Un bruit de tonnerre roule sur les pavés. C’est là que survient l’accident. Le livre est fait. Les hommes montent, une tranche sous chaque bras.
Contre le mur, l’auteur inquiet qui regarde vivre le monde et ne suit pas.

Guitare


Tout est calme dans l’air - cependant encore gonflé de bruit. La chanson d’hier lançait toujours ses vagues dans nos têtes - et les airs à venir. Une pointe de l’aile s’enfonce au creux de l’abat-jour et son reflet caresse un instrument muet qui penche sur la table - Sourdes notes du souvenir.

Soupière


Le monde de la faim, la fin du monde.
La soupière est comme un globe terrestre sur la table. Et du globe fendu couvercle soulevé, l’odeur monte et une tête et des bras blancs dans un nuage.
Et la tête riait - la tête riait et flottait d’un bout à l’autre de la table.
Du parfum à la faim, par un chemin plus long, ramenant les ardeurs du fond d’un autre songe.

Pot de fleurs


La vague des rideaux derrière le balcon où jamais ne s’accoude personne.
Silhouettes de jour, masse épaisse de nuit, des drames sans éclat qu’encadre la fenêtre. puis un coup de soleil, une fusée de rires et dans la rue déserte, entre les deux trottoirs, une pluie de couleurs, une avalanche de pétales - gouttes qui s’évaporent et parfument le vent.

  • Le petit déjeuner
    Huile et fusain sur toile
  • (1915)
  • Juan Gris
    Centre Pompidou, Paris

  • L'atelier rouge
    huile sur toile
    1911
    Matisse
    Musée d'art moderne, New York

 

 

  • Guitare
    Illustration pour le recueil
  • "Au Soleil Du Plafond"
  • Gris

 

  • Cadaeu
    Métal, fer et clous
    1921
    Man Ray
    Tate gallery, Londres

 

  • Tête de taureau 
    Selle en cuir et guidon en métal
  • 1942
  • Picasso
    Musée Picasso, Paris

 


  • Le Chariot, 1950
    Bronze
  • 1951
  • Alberto Giacometti
    The Museum of Modern Art, New York,

 

Le parti pris des choses
F. Ponge

(1942)


Le pain

La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four interstellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses.... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres et la masse en devient friable...
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

 

La bougie

La nuit parfois ravive une plante singulière dont la lueur décompose les chambres meublées en massifs d’ombre.
Sa feuille d’or tient impassible au creux d’une colonnette d’albâtre par un pédoncule très noir.
Les papillons miteux l’assaillent de préférence à la lune trop haute, qui vaporise les bois. Mais brûlés aussitôt ou vannés dans la bagarre, tous frémissent au bord d’une frénésie voisine de la stupeur.
Cependant la bougie, par le vacillement des clartés sur le livre au bruque dégagement des fumées originales encourage le lecteur, - puis s’incline sur son assiette et se noie dans son aliment.

L’huître

L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleu moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
À l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament ( à proprement parler) de nacre, les cieux d’en-dessus s’affaissent sur les cieux d’en-dessous, pour ne former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.


  • Ubu Imperator
    Huile sur toile
  • (1923)
  • Max Ernst
    Centre Pompidou - Paris

 

 

 

Observer

 
 

L'importance des objets

Leur fonction, leur signification, leur symbolique